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Transhenson en Baie de Somme

St Quentin en Tourmont

Le 15/10/20

Par Frank Hélin


Ce dimanche se déroulait la désormais célèbre transhenson en baie de Somme. C’était ma première trans et voilà que j'ai déjà envie de faire parti des cavaliers l’année prochaine.
La chevauchée est partie de l’Espace Équestre Henson de St Quentin en Tourmont en fin de matinée. Soleil radieux, température clémente, lumière douce et délicate, toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette 22ème transhenson une réussite.  Au ranch avant le départ, je papote avec Sophie, une amie rencontrée sur Facebook. Elle me donne quelques informations et conseils à propos de la journée et me présente à Bernard qui me conduira en attelage durant toute la chevauchée. Comme je suis d’une nature lente, je me dis qu’il me faut commencer à m’imprégner des lieux si je veux avoir une chance d’appréhender l’événement.
Une pomme oubliée dans la main gauche, appareil photo en bandoulière et magnétophone dans la main droite, je fais quelques tours de piste et m’enivre des odeurs de cuir, du fumet des chevaux et de fragrances éphémères. J’excite et prépare mes sens comme un sportif échauffe ses muscles avant un footing. J’écoute et décompose les musiques équines pour en extraire quelques harmoniques : les hennissements et ébrouements des chevaux, le bruit sourds de leurs sabots frappant le sable humide , le tintement des fers de leurs selles, de leurs étriers, et le bruit des brosses coiffant les crinières. Je tente une expérience synesthésique : Je tâte la lumière qui bruit dans les frondaisons et j’écoute chuchoter les ombres des feuilles vibrantes sous l’effet d’une brise d »automne noisette sur le dos des chevaux. Je caresse les hensons et les courbes de leurs corps sont comme une partition secrète que seul mon cœur peut déchiffrer… Me voilà prêt. Je monte à bord de l’attelage pour rejoindre deux journalistes de Cheval Magazine, la correspondante Fort Mahonnaise du Courrier Picard et M. Eric Grat président du département d’équitation de la Somme (CDE) qui se présente. 
L’attelage nous conduit sur la plaine dite La vanne où le public réuni pour admirer la chevauchée applaudit le passage d’une centaine de cavaliers. La 'prise en main' des 60 hersons du troupeau se fait dans la plaine tandis qu’un groupe de cavaliers de l’association du Centaure défile devant un public enthousiaste. Une cigogne nous fait l’honneur de son passage. « C’est un cygne.. » me dit-on, non, c’est un signe ! Un bon présage. Je descends de mon attelage happé par les chevaux qui caracolent et hennissent. Je capte une nervosité positive… Je ne peux m’empêcher de m’approcher du troupeau. Je ne brave pas le danger, non, non, le danger n’existe pas. On me dit de ne pas rester près du troupeau… Je me fais henson…Regardez ! Ne me parlez plus, je ne vous entends pas, je ne vous comprends pas.  Taisez vous et écoutez ce silence de mille jambes ! Il dit la terre et l’humilité. Il dit des poésies. Ma prosodie bat au rythme de 60 palpitants. Mais voilà que les attelages reprennent vie. C’est le moment de partir pour la baie de Somme, étendue infinie sans bornes ni fil barbelé qui s’offre aux cavaliers. On dirait que dame nature s’est apprêtée tout spécialement pour notre venue : Elle est parée d’une robe sable et laisse apparaître certaines de ses intimités comme la rotondité presque parfaite de ses seins amandes. - Chevauchée enchanteresse.
À ma droite, des centaures vêtu comme de jeunes Jedi, à l’arrière,  dans le sillage de notre attelage, d’autres attelages habités de gens souriants, puis un cavalier solitaire habillé d’une sorte de longue redingote et coiffé d’une bombe et qui dirige son cheval avec classe  ; plus loin le long des dunes couvertes d’oyats galopent des chevaux… En amont quelques cavaliers s’essaient aux dunes… au delà de notre attelage galopent d’autres chevaux… Mon cœur palpite, il fait écho aux rythmes limonaires du dos des dunes. À cet instant tout devient indicible… J’écoute distraitement la respiration des limoniers…Je suis ailleurs. Nous bifurquons à l’est dans les pinèdes du domaine du Marquenterre. Mais avant d’atteindre la forêt, il nous faut traverser les dunes. C’est la partie la plus délicate pour Bernard et la plus pénible pour les chevaux – Ils ahanent (les chevaux) et tirent de toutes leur forces pour faire avancer les attelages dans plusieurs centimètres de sable mou. Alors… alors j’avoue avoir eu mal au cheval !
L’épreuve du sable mou passée, nous avons traversé la forêt sous l’œil bienveillant des arbres et des entités qui les habitent. Rétrospectivement, et pour donner une tonalité naïve et enchanteresse à ce post, je me dis que l’écureuil allait certainement de branche en branche pour ne rien rater de notre transhumance – À un moment nous n’avancions plus. J’en ai alors profité pour alléger l’attelage et courir à la rencontre du troupeau. Il était arrêté dans une petite clairière - Les meneurs avaient-il décidé de faire une pause ? Je ne le saurais jamais. Quand la cavalcade a repris, je me suis mis à courir comme un fou pour tenter de suivre les chevaux. Quelle naïveté. J'ai du terminer le parcours à pied aux côtés d'un photo-journaliste dont j'ai malheureusement oublié le prénom. À notre arrivé sur la plaine dite La plaine de la Maroille, les gens étaient déjà tous à boire et à manger ! Alors j'en ai fait autant en me bâfrant un énorme petit sandwich jambon fromage suivi d’un dès à coudre de café, oups ! Le temps de discuter avec Sophie et la nuit infusait un thé sombre sur le ranch. Ne manquait plus qu'un violoniste et un banjo pour tourner la scène d'un bon vieux western. J’imaginais Catherine, une cavalière rencontré avant le départ, se réchauffant tout près du feu de cheminée un mazagran brûlant dans les mains et un chaton roux ronronnant javanais sous son pull en laine de vigogne. Pourquoi Javanais ? Qu'en sais-je.

Frank Hélin.


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